jeudi 23 juin 2016

Vaucluse : le réseau Alpages Sentinelles s’enracine dans le Ventoux et le Grand Luberon



Le réseau Alpages Sentinelles, né dans le Parc national des Ecrins en 2008, s’est progressivement élargi à la Vanoise, le Vercors, la Chartreuse, le Luberon, le Ventoux, le Mercantour et l’Ubaye. Il s’est notamment enrichi des alpages gérés par les fermes expérimentales de Carmejane et du Merle, apportant ainsi un suivi très fin des troupeaux estivés sur trois alpages. Comment préserver les alpages qui subissent des accidents météorologiques croissants avec le changement climatique en cours ? C’est la question qui a émergé ces dernières années après la canicule de 2003 et de difficiles épisodes de sécheresse  les années suivantes. Pour éviter de stériles risques de mise en cause des pratiques, gestionnaires et éleveurs, les uns comme les autres pris de court par de brusques accidents climatiques, ont décidé de me mettre ensemble autour de la table pour trouver des solutions.

Fort de longues années de suivis réalisés dans un autre cadre, les unités pastorales des crêtes du Grand Luberon ont rejoint le réseau Alpages Sentinelles, et ont rallié les alpages du Ventoux dans une démarche commune animée par le CERPAM, le Parc naturel régional du Luberon, le Syndicat mixte du Mont-Ventoux et l’ONF gestionnaire des domaniaux dans ce dernier massif. Situés en lisière sud du Massif alpin, ces alpages du Ventoux et « presqu’alpages » du Grand Luberon sont en première ligne du réchauffement climatique et servent de sentinelles précieuses pour les bouleversements attendus dans l’ensemble des Alpes.

Après une réunion fondatrice à Apt en novembre 2015, c’est une rencontre rassemblant tous les partenaires qui s’est tenue à Bédoin le 20 avril 2016. La mise en place des protocoles de suivi des milieux, du climat et de la gestion pastorale a ainsi été parachevée et les premiers résultats présentés aux éleveurs concernés. Les modalités de gestion pastorale et les équipements pastoraux nécessaires ont pu ainsi être largement partagés entre partenaires.  La rénovation récente d’une cabane nécessaire à l’accueil du berger facilitera ainsi la gestion pastorale dans le Ventoux (communal de Bédoin) grâce à des financements départementaux, régionaux et européens (Feader).
Pour en savoir plus… bbeylier@cerpam.fr

mercredi 20 janvier 2016

Voeux 2016




Le Président,
le Conseil d’Administration
et l’Équipe Technique du Cerpam
vous présentent
leurs meilleurs vœux
pour l’année 2016

Pastoralismes du Monde : le sylvopastoralisme au Liban




A la demande de l’IAM, Institut agronomique de Montpellier, le CERPAM a réalisé un voyage d’étude, d’animation et de formation avec les personnels du Ministère de l’Agriculture du Liban du 4 au 7 octobre 2015. A cette occasion, de nombreux échanges ont eu lieu avec les responsables des programmes sylvopastoraux et les techniciens de terrain forestiers et en charge du développement agricole. La confrontation des expériences libanaises et françaises a permis un travail sur les méthodes d’approche du sylvopastoralisme, les références du pâturage en forêt, enfin les logiques d’aménagement des territoires forestiers et naturels. L’une des préoccupations énoncées par les partenaires libanais était en effet les conséquences de l’exclusion des troupeaux des réserves naturelles vouées notamment à la régénération de la cédraie : impact sur la vie économique des villages, risques d’incendie. La réintroduction des chèvres en forêt sans affecter l’arbre, sur la base des méthodes, gestions et indicateurs adaptés, a été étudiée sur la base de l’expérience acquise en France méditerranéenne. Au total, un voyage extrêmement riche qui montre une fois de plus à quel point les questions pastorales sont centrales pour tous les pays du bassin méditerranéen au Nord comme au Sud, à l’Ouest comme à l’Est.

Pastoralismes d’Europe : quel avenir pour les parcours en Espagne ?



 
Le CERPAM a participé à deux journées organisées par l’Association "Entretantos", la "Plateforme espagnole pour l’Elevage extensif et le Pastoralisme" et le "Forum Européen pour la Conservation de la Nature et le Pastoralisme" (EFNCP), le 26 et 27 novembre 2015 à Madrid. De nombreuses actions  espagnoles, portugaises et françaises, ont été présentées et ont fait l’objet de débat sur l’avenir du pastoralisme en Espagne : sylvopastoralisme, agroforesterie (dehesas), DFCI, gestion d’espaces protégés, programmes agroenvironnementaux, amélioration du statut des travailleurs, préservation du patrimoine des 125 000 km de voies de transhumance, simplification des normes et procédures relatives aux fromageries artisanales, enfin problème d’éligibilité des surfaces pastorales boisées et embroussaillées.

Ce dernier thème menace directement la pérennité de l’activité des éleveurs pastoraux et des services que l’élevage pastoral rend à la société. En Espagne en effet, l’application stricte des procédures de la nouvelle PAC pénalise lourdement les exploitations pastorales. Le prorata est calculé sous forme d’un « coefficient d’admissibilité de pâturage » proposé par l’Administration selon les facteurs de sols, la pente, la pénétrabilité de la végétation, lesquels sont évalués sur photos aériennes, sans possibilité de recours par l’éleveur. La Coordination des Organisations espagnoles d’Agriculteurs et d’Eleveurs a dénoncé la situation espagnole et revendiqué l’amélioration de cette procédure par la prise en compte de la vision de l’éleveur et des visites de terrain. De nombreuses pétitions d’éleveurs et d’administration locales (exemple de la maire de Murias de Paredes) ont fait remonter leurs inquiétudes au gouvernement espagnol dans l’attente d’une proposition d’amélioration concernant l’éligibilité des parcours espagnols…

Pastoralismes d’Europe : « Pâturages boisés en Europe : condamnés à une mort lente par la PAC ? »




En 2015, le CERPAM a travaillé avec le Forum européen pour le Pastoralisme et la Conservation de la Nature dans le cadre d’un contrat de partenariat consacré aux pâturages ligneux. Dans ce cadre, le CERPAM a fourni les éléments d’analyse pour la France mobilisés par l’EFNCP dans une récente publication européenne corédigée avec Pogany-Havas Association : « Europe’s wood pastures : condemned to a slow death by the CAP ? », octobre 2015.

Dans le cadre d’un contrat d’étude passé avec la DG Environnement de la Commission européenne, cette publication recense la situation des pâturages boisés dans cinq pays européens : Espagne, Suède, Roumanie, France, Angleterre. Dans tous ces pays, l’arbre, l’herbe et le buisson sont associés au pâturage dans des formations végétales constituant une grande diversité de paysages. Les surfaces concernées sont très importantes et offrent de nombreux atouts économiques et environnementaux : économie des coûts d’alimentation, qualité et typicité du produit, réduction des risques d’incendie, adaptation au changement climatique. Tous ces pays partagent aussi le même souci d’éligibilité de ces surfaces de pâturages boisés dans le cadre des nouvelles règles de la PAC et du prorata qui leur est imposé par la Commission européenne, réduisant les surfaces éligibles et les montants versés aux éleveurs. C’est en effet l’ensemble des fonctions environnementales, en sus des fonctions d’alimentation des troupeaux, qui sont susceptibles d’être découragées au lieu d’être encouragées par ces nouvelles règles, à l’encontre des objectifs affichés par les politiques agricoles et environnementales européennes.